Développeuse et terrifiée : pourquoi la peur n'est pas un bug de la reconversion, le témoigne d'Audrey, alumni Ada Tech School

11 min de lecture Anna
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Développeuse et terrifiée : pourquoi la peur n'est pas un bug de la reconversion, le témoigne d'Audrey, alumni Ada Tech School

Moi c’est Audrey, aujourd’hui, développeuse fullstack après une reconversion professionnelle entamée à Ada Tech School en octobre 2022 à Paris. Si je prends la plume aujourd'hui, c'est que je suis dans une période un peu particulière, celle entre deux CDI. Ce petit creux entre deux jobs, c'est le moment parfait pour se poser, écrire... et se rappeler de vieux souvenirs.

Parce qu'avant le code, ma vie n'avait absolument rien à voir. J’avais entamé une carrière académique : j'ai soutenu une thèse et j'étais lancée sur les rails classiques (post-doctorat, concours pour devenir prof d’université). En parallèle, j'avais monté une association devenue entreprise de conseil pour les musées (Cité des Sciences, Musée de l'Homme...). C’est là, en plein Covid, que j'ai croisé la route du code. Les musées devaient repenser leurs expos en ligne et leur accessibilité numérique. J’ai mis le nez dedans, j’ai adoré, et j’ai commencé à plonger dans les cours HTML/CSS d'OpenClassrooms.

De mon ancienne vie de chercheuse et d'enseignante, j'ai gardé une passion viscérale pour la transmission. C'est pour ça que j'ai un blog et une newsletter, et c'est pour ça que je suis là aujourd'hui pour vous parler d'un sujet que je connais par cœur : la peur.

En conférence au salon Tech Boost'Her de Social Builder, début juin 2026

Pourquoi parler de la peur (et pourquoi maintenant ?)

Changer de vie, changer de job, chercher une alternance ou un premier, deuxième, troisième CDI... ce sont de sacrées montagnes russes. En me retrouvant à nouveau entre deux contrats récemment, j'ai vu ce sentiment revenir au galop. Ça m'a rappelé des choses que j'avais un peu oubliées depuis mes débuts à Ada, et je me suis dit que ce partage d'expérience pourrait vous faire du bien.

Cet article s'adresse à vous toutes et tous qui apprenez le dev, qui passez des entretiens, ou qui doutez en secret derrière votre écran. La peur est un excellent prétexte pour aborder les coulisses de notre métier, et on va voir ensemble comment en faire une alliée plutôt qu'un frein.

La peur n'est pas un bug, c'est une fonctionnalité

Tu peux enfin utiliser cette phrase de dev à bon escient, car quand on panique devant une consigne ou un recruteur, on a tendance à se dire : "Je bug, je ne suis pas faite pour ça, je manque de compétences".

C'est faux. Biologiquement parlant, la peur est un système de survie ultra-performant. C’est votre amygdale qui détecte un "danger" et active la fameuse réponse combat-fuite-sidération (fight, flight, or freeze). Le hic, c’est que votre cerveau reptilien ne fait pas la différence entre vous retrouver face à un tigre à dents de sabre ou passer un entretien technique face à un lead dev, malheureusement. Résultat ? Le cœur qui cogne, les mains moites, le cerveau qui freeze. C'est une mobilisation physique et nerveuse tout à fait normale et non un indicateur de votre niveau en JavaScript.

Le cas particulier d'Ada Tech School (et un peu de toutes les reconversions)

Si vous avez choisi Ada Tech School, c'est probablement parce que vous cherchiez un cadre d'apprentissage safe. Et souvent, quand on cherche un endroit safe, c'est qu'on a déjà vécu des expériences un peu cabossées. Vous arrivez donc déjà dans le dev avec un "quota" de peur ou d'anxiété un peu entamé. C'est une force, parce que vous vous connaissez bien, mais c'est aussi un handicap passager : votre jauge de stress est plus sensible, et face à une situation tendue (comme un entretien, un live coding), vous pouvez atteindre votre point de rupture plus vite que d’autres. Et devinez quoi ? C'est OK.

Six peurs et idées parasites (et comment les contourner)

On pourrait penser que la peur, c’est un truc de débutant. Je l’ai un peu pensé, je l’avoue. Et il y a une part de vérité sur laquelle on reviendra après. Mais figurez-vous qu’au moment de rechanger de poste, avec 3 ans d’expérience en plus, je n’avais pas moins peur qu’au moment de passer mon premier entretien technique. J’ai recoché hyper facilement toutes les cases de toutes les peurs et des idées parasites qui les accompagnent. Voici celles qui m'ont bien pourri la vie, et les déclics (souvent soufflés par d'autres) qui m'ont permis de passer outre.

« J’ai peur d'avoir l’air nulle »

On commence direct dans le dur : le syndrome de l'imposteur classique de la reconversion. Quand je cherchais une alternance, je me disais que je n’allais pas faire le poids face aux étudiants qui sortaient d’école d’ingénieur. Et après 3 ans de dev, je me disais que je ne ferais pas le poids face… juste face à tous les autres.

La réalité

Regardez d'où vous venez. Vous êtes une personne qui a osé quitter un environnement qui ne lui convenait pas (parfois toxique), qui a accepté de repartir de zéro, qui réapprend un métier complexe entier en quelques mois et qui réussit à prendre du plaisir dans un nouveau domaine.

Le contournement

Ce parcours demande un courage immense. Quelqu'un d'incapable ou de "nul" ne fait pas ça. Rappelez-vous cette audace quand le doute s'installe.

« J'ai peur d'avoir l'air bête »

Corollaire du précédent, mais un peu plus subtil : personnellement, je crains toujours de dire quelque chose qui a l’air stupide ou un peu bête. En entretien, et particulièrement en entretien technique, je me dis que je vais forcément avoir l’air stupide et ça me bloque. J’ai fini par comprendre pourquoi : je vois l’entretien un peu comme une évaluation, une sorte d’examen et on a été conditionnées par l'école à voir l'évaluation un peu comme un QCM : une bonne réponse ou pas. On calque cette hiérarchie scolaire sur les entretiens pro en essayant de deviner des critères de jugement secrets que les intervieweurs appliquent et quelle bonne réponse ils attendent pour « passer » cet entretien-examen.

La réalité

Le live coding ou l'entretien technique, c'est l'inverse de l'école. On ne vous demande pas de rendre une copie parfaite, on ne pénalise pas l'erreur. Le dev est un métier où l'on se trompe tous les jours, où l'on ne comprend pas tout, et où l'on apprend en permanence.

Le contournement

En passant mes entretiens récemment, j'ai réalisé un truc : ce n'est pas que je n'aimais pas que les gens me regardent coder... c'est que je ne supportais pas qu'on me voie me tromper. Or, notre métier rend l'erreur extrêmement visible. Il faut désacraliser ça. Faire une erreur en live coding n'est pas dangereux. Ce qui compte, c'est : comment vous corrigez-vous ? Comment apprenez-vous du bug ? Ce qu’on veut montrer en entretien, ce n’est pas qu’on ne se trompe jamais, c’est qu’on est capable d’apprendre un métier complexe.

« J’ai peur de ne pas savoir par où commencer en entretien technique »

Une peur très spécifique à l’exercice de live coding, parce que je me l’imaginais de manière très précise : on te donne un problème, tu le comprends et tu proposes une solution. Je voyais le bon développeur comme un génie qui regarde l'énoncé, tape du code de manière fluide et livre la solution parfaite.

La réalité : En dev, personne ne sait exactement par où commencer. Jamais. J’en ai vécu pourtant des réunions de dev, où quelqu’un dit « on a un problème » et où on se regarde en mode « oui bah là tout de suite personne ne sait comment faire, faut qu’on réfléchisse ». C’est normal et pourtant je voyais encore le live coding comme l’inverse de cette réalité.

La réalité

Le live coding ou l'entretien technique, c'est l'inverse de l'école. On ne vous demande pas de rendre une copie parfaite, on ne pénalise pas l'erreur. Le dev est un métier où l'on se trompe tous les jours, où l'on ne comprend pas tout, et où l'on apprend en permanence.

Le contournement

Les bons devs ne foncent pas tête baissée. Ils clarifient. Face à un problème, commencez par verbaliser : « Ok, reformulons le problème », « Qu'est-ce qu'on sait déjà ? », « On va découper le problème en plusieurs étapes ». En plus de montrer votre raisonnement à vos interlocuteurs, surtout, ça vous aide VOUS à avancer. Faites ce qui vous aide à avancer. Comme vous le faites chaque jour.

« J’ai peur d’être bloquée en plein milieu »

Un peu la suite logique du 3. Tu fais ton truc, tout se passe bien mais tu freezes car tu penses déjà à l’étape suivante et tu te dis que tu vas être bloquée. Il va y avoir ce moment de silence horrible. Ou pire : tu vas devoir dire « je ne sais pas ».

La réalité

L’entretien technique comme dit plus haut n’attend pas une réponse parfaite, juste ou fausse. Plus encore, souvent un entretien technique va chercher le moment de blocage. Pour les personnes qui vous interrogent, ce n’est pas un moyen de vous mettre en difficulté, c’est un moyen de voir deux choses : où se situe votre limite de connaissances et comment vous gérez le fait de ne pas savoir.

Le contournement

Ne SURTOUT pas chercher à tout savoir. Les gens en face cherchent votre limite, de manière saine, sans vous mettre en difficulté. Quand vous atteignez cette limite, annoncez-le : « c’est ma limite, à partir de là je ne peux faire que supposer sur la base de telle ou telle connaissance », « Je ne peux pas en dire plus sans faire une recherche, est-ce que vous m’autorisez à la faire ? », « je n’ai jamais été confrontée à ce cas, comment feriez-vous ? ». Et bien sûr, ne baratinez pas : les gens en face sont souvent plus expérimentés que vous, ils le verront tout de suite.

Lors du MeetUp à ParisJS en 2024

« J'ai peur de faire des erreurs "de base" et d'être jugée »

En entretien, particulièrement, le fait d’avoir l’air nulle et bête est aussi lié pour moi au fait d’avoir peur de faire des erreurs de base : oublier un return, faire une typo, se tromper dans une boucle... J’interprète souvent ces étourderies comme une preuve que je ne maîtrise même pas mes bases.

La réalité

100 % des développeurs et développeuses, même seniors, font des typos tous les jours. Oublier un return, ça arrive constamment. Si les IDE (les éditeurs de code) passent leur temps à nous surligner des erreurs en rouge, c'est précisément parce que les humains font ces erreurs en permanence.

Le contournement

Ces fautes d'inattention ne mesurent pas votre intelligence ni vos compétences en dev. Elles prouvent juste que vous n'êtes pas un robot. Et si les gens qui vous interviewent voulaient travailler avec un robot, ils auraient augmenté leur budget de tokens, et non ouvert un poste.

« J’ai peur de m’être trompée : et si le dev ça n’était pas fait pour moi ? »

Les peurs précédentes sont toutes très ancrées dans les processus d’entretien, mais elles viennent toutes d’une peur un peu fondamentale, cette question qu’on se pose tout le temps quand on fait une reconversion : est-ce que j’ai fait le bon choix ? Chaque obstacle, chaque erreur est prétexte à alimenter ce syndrome de l’imposteur. Tu te trompes car ce n’est pas fait pour toi. Tu ne comprends pas, normal : tu n’es peut-être pas faite pour ça.

La réalité

Peu de gens sont « faits » pour ça. Beaucoup apprennent. Peut-être que tu apprends et assimiles plus lentement pour plein de raisons qui t’appartiennent (ça fait longtemps que tu ne t’es pas remise en processus d’apprentissage, ton cerveau est pris par la charge mentale domestique, etc.), mais assimiler rapidement quelque chose ne signifie pas avoir une carrière toute tracée dans ce domaine.

Le contournement

Ce qui fait qu’on est « fait » pour le dev c’est : le plaisir qu’on a à coder ; les avis de nos proches, des encadrants, de nos collègues (souvent plus objectifs que nous) ; l’envie qu’on a de se lever le matin pour cette aventure. Liste tes compétences techniques et non techniques acquises depuis le début : bien sûr que tu progresses. Et si tu as envie d’être là, c’est que tu es faite pour ça.

Une fois qu'on a accepté que la peur avait le droit d'être là, on fait quoi concrètement ? Voici ma checklist pour reprendre le contrôle :

☑️ Reprendre possession de son corps : Quand le stress monte, on respire par le ventre, on relâche les épaules. On signale physiquement au cerveau qu'on n'est pas en train de mourir et que tech lead n’est pas tigre à dents de sabre.

☑️ Faire un "reframe" mental : Prenez une feuille et listez vos pensées parasites ("Je suis nulle", "Ils vont me juger"). À côté, transformez-les de manière objective comme on l’a fait ci-dessus : "Je suis en train d'apprendre", "Ils veulent simplement voir comment je réfléchis".

Pour les entretiens en particulier :

☑️ Pratiquer la simulation d'entretien : Plusieurs possibilités : Mettez-vous par groupes de trois. Une personne joue le recruteur, une autre passe l'entretien, et la troisième observe. L'observateur note les signes de stress et les blocages. Au débrief, on analyse ensemble : qu'est-ce qui a bloqué ? Qu'est-ce qui a aidé ? Ou alors filmez-vous en train de résoudre un petit LeetCode. S'exposer au stress dans un cadre sécurisant, c'est le meilleur entraînement.

☑️ Normaliser et gérer l’erreur : même les dev seniors passent des heures sur des bugs absurdes, laissent des typos dans leur code ou oublient des bases. Identifie les types d’erreurs que tu fais, habitue-toi à les faire et à les corriger, requalifie les erreurs (une erreur « de base » = une erreur d’inattention), répète-toi que faire une erreur ne met rien en péril.

☑️ Séparer la vitesse de la compétence : on s’en fout de coder vite. Intègre que résoudre un problème prend du temps et que personne ne sait directement comment le résoudre.

☑️ Verbaliser : Pourquoi est-on stressée ? Parce que c’est important pour nous ! N’ayez pas peur de dire des phrases comme : « Je suis un peu stressée, c’est un entretien important pour moi » ou « Je suis un peu nerveuse, je me dis que c’est quand même un des moments les plus fous de mon parcours d'être là avec vous aujourd'hui ». Ça fait baisser la pression d’un coup et ça montre à vos interlocuteurs que vous vous souciez de ce qui est en train de se passer. Vous stressez, parce que ce poste, vous le voulez.

☑️ Demander de l'aide : Vous n'êtes pas toute seule dans votre coin. Parlez-en à vos pairs, à vos mentors. J’ai donné quelques conseils ici, mais très certainement que vous en trouverez plein d’autres auprès d’autres personnes.

Même si ça parait contre-intuitif, exposez-vous à cette peur : pour revenir à ce que je disais au début, elle ne disparait pas avec l’expérience en code, mais elle s’atténue lorsqu’on la confronte. Les premières fois sont souvent un peu catastrophiques : il faut se roder, il faut s’échauffer, c’est normal. Et plus vous aurez confronté vos craintes, plus elles vous sembleront familières.

Alors allez-y : quelle est la peur ou l'idée parasite qui vous bloque le plus en ce moment ? Et qu'est-ce que vous allez mettre en place cette semaine pour faire baisser le niveau d'eau dans votre jauge de stress ?


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