Le métier de CTO en 10 questions

Oct 16, 2020

Si tu hésites encore à devenir développeur·se, tu te demandes sûrement vers quels métiers tu t'orientes, mais aussi quelles sont les évolutions de carrière possibles. Au bout de quelques années de développement, tu peux notamment devenir CTO (Chief Technical Officer) ou Directeur·trice technique.

En quoi consiste ce poste ? Est-ce qu'on continue à développer lorsqu'on manage et lorsqu'on monte les échelons ? Comment arriver à ce type de poste ? Quelles sont les qualités requises pour devenir CTO ?

Marie Terrier, CTO chez Yelda répond à nos questions !

Marie Terrier, CTO chez Yelda

Peux-tu nous présenter ton métier et ton entreprise ?

J'ai 31 ans et je suis directrice technique chez Yelda, une start-up qui permet de déployer des assistants vocaux, depuis plus de 2 ans. C'est une plateforme Saas qui permet de déployer des assistants vocaux clés en main pour les clients.

Comment es-tu devenue développeuse ?

J'ai toujours su que j'aimais bien l'informatique ! Mais au lycée, j'avais l'impression que c'était un secteur très complexe, et très peu en lien avec les matières étudiées au lycée. Je n'osais pas me lancer seule. Je pensais donc me plonger là dedans après le lycée, losrque je me spécialiserai. J'ai fait une classe prépa puis une école d'ingénieur. Et là, j'ai découvert que beaucoup de personnes de mon entourage savaient déjà coder, ils avaient appris d'eux-même en autodidacte. J'ai eu l'impression que j'avais déjà pris du retard, je me suis dit "j'ai raté le coche !"

Mais je me suis ensuite raisonnée, si eux avaient trouvé le temps et les ressources pour apprendre à coder dès le collège ou le lycée, cela prouve qu'on peut finalement apprendre à développer à tout âge. J'ai donc commencé à regarder en quoi cela consistait de savoir développer, je me suis renseignée, et surtout j'ai fait des stages. J'étais dans la dynamique de vouloir tester, pour savoir si ça me plaisait vraiment, parce qu'au début je n'y connaissais rien. Mes stages étaient non rémunérés, j'étais là pour apprendre, emmaganiser de l'information, m'informer. On m'a dit "voici de la doc et tu fais de ton mieux". Et j'ai adoré ça : c'était hyper excitant d'apprendre par soi-même et de découvrir un nouveau monde. Paradoxalement mes études d'ingénieur étaient très généralistes et assez peu appliquées. Je savais à partir de ce moment-là que je voulais devenir développeuse : me former en permanence dans cet univers excitant de la tech.

J'ai ensuite cherché à partir à l'étranger, j'ai trouvé un contrat local puis un VIE (Volontariat International en Entreprise) en Inde à Chennai chez KRDS : une super opportunité pour moi d'allier le dépaysement et la découverte d'un nouveau métier. J'ai appris sur le tas. Et cela a payé car au fur et à mesure, j'ai pris du galon, je suis passée de développeuse junior à développeuse senior. Petit à petit j'ai formé des plus jeunes et j'y ai pris goût. C'est comme ça qu'on m'a proposé de devenir CTO de Yelda. Au début je faisais des aller retours entre Chennai et Paris, puis je me suis installée définitivement à Paris.

J'ai beaucoup aimé mon expérience à l'étranger, c'est une chance en tant que développeuse de pouvoir voyager facilement dans le cadre de son travail : il y'a besoin de devs partout dans le monde, c'est en métier où il est facile d'être en remote, les langages de programmations sont universels, les dévs communiquent le plus souvent en anglais que ce soit sur les forums ou pour se communiquer des specifications. C'est un vrai atout !

Quels conseils donnerais-tu à quelqu'un qui veut se former par soi-même ?

Dans l'ensemble pour moi ça s'est bien passé ! Même si parfois, avec du recul, je me dis que j'aurais pu faire les choses un peu différemment. En fait, ce qui m'a vraiment manqué c'est de ne pas avoir eu de tuteur. C'est super de découvrir par soi-même mais c'est aussi un peu étourdissant, on peut se noyer dans un verre d'eau ! C'est facile d'avoir peur, de se disperser. J'aurais aimé avoir une personne ou bien une formation qui m'oriente vers les bonnes documentations, vers les bonnes specs : un petit coup de pouce pour savoir si j'étais dans la bonne direction.

J'en paye parfois le prix car j'ai de temps à temps l'impression d'avoir une culture générale technique "à trous". Mais de manière globale, apprendre tout seul n'est pas un souci, c'est même hyper stimulant. La clé : il faut coder tous les jours ! Il ne faut pas tomber dans le piège de la théorie, il faut sans cesse mettre en pratique ce que l'on a vu. Car un concept qui semble extrêmement simple en tutoriel, ne sera absolument pas aussi simple dans les conditions spécifiques du développement. Il faut absolument se trouver un projet perso sur lequel avancer et se tester. C'est aussi un super atout à mettre en avant dans son portfolio : on ne peut pas être développeuse sans avoir rien produit.

Est-ce que cela a été compliqué pour toi d'être une femme développeuse ? As-tu rencontré des obstacles ?

Lors de mon orientation, je ne dirais pas que j'ai rencontré des obstacles, mais plutôt une absence d'encouragement, c'est un petit regret. Il faut vraiment faire attention à l'âge où l'on choisit son orientation de ne pas s'arrêter aux clichés.

Sinon je dois dire que j'ai été plutôt chanceuse, je n'ai pas eu de problèmes de respect liés à mon genre. Le fait d'être une femme développeuse pose plutôt problème je dirais en "phase d'approche". Lorsque j'interviens lors de conférences tech, de prime abord, on ne pense pas que je suis développeuse et encore moins CTO. On se dit que je dois être plutôt sur la partie recrutement, ou cheffe de projet. Il y'a aussi ceux qui me testent, qui posent des questions techniques pour vérifier que c'est vrai...

Mais je n'ai en revanche jamais ressenti cela dans le cadre de mon travail, peut-être car j'ai travaillé dans des petites boîtes et car j'ai fait mes preuves. Il y'a aussi le fait d'avoir travaillé en Inde, où les femmes sont mieux représentées dans la tech, elles occupaient un tiers des postes dans ma boîte. Les jeunes femmes se projettent plus vers ces métiers, donc elles y vont. C'est un métier valorisé, avec des débouchés, dans un pays où les parents ont beaucoup leur mot à dire dans l'orientation de leurs enfants. J'ai noté toutefois qu'une fois devenue mère, les femmes disparaissent peu à peu de ces métiers techniques.

Et c'est quoi exactement le métier de CTO ?

Ces trois lettres regroupent une très large réalité ! Le rôle de CTO dépend beaucoup de la taille de l'entreprise. Pour ma part, je suis dans une boîte de 6 employés, et j'ai entre 2 et 4 personnes techniques dans mon équipe.

Pour être CTO, il faut avoir une vision du produit que l'on veut faire, en entente avec le CEO. En amont, au lancement de la start-up, il faut donc réfléchir aux grandes orientations techniques du produit pour produire rapidement un POC (proof of concept). Dans une start-up, le produit tech vient souvent valider les hypothèses du marketing. Puis une fois que le concept est validé, il s'agit ensuite de recruter une équipe qui s'occupera du développement technique du produit et de son évolution.

Comment organises-tu ton temps ?

Je dirais que je consacre un quart de mon temps à écrire des spécifications techniques et à faire des maquettes en accord avec le CEO.

Ensuite, je consacre un autre quart de mon temps à la revue de code de mes équipes. Ça représente beaucoup, mais c'est crucial pour éviter de créer de la dette technique, je pense le code en pensant aux futurs correctifs à venir, pour qu'il soit pérenne.

Le quart suivant, je teste, je vérifie que tout fonctionne comme nous l'avions conçu. Et enfin le quart du temps restant : je code !

Il faut savoir que lorsqu'on devient CTO on code de moins en moins car on gère des problématiques de management. Il faut aussi savoir déterminer les enjeux techniques, et les déléguer pour rendre ses équipes responsables.

Est-ce que ça te manque de ne pas plus coder ?

Heureusement je code encore pas mal par rapport à d'autres CTO. Ce qui peut être compliqué, c'est que je suis souvent coupée en cours de route lorsque je développe des fonctionnalités complexes. Cela demande d'être capable de conserver un état des lieux très précis de ce que l'on a en tête pour reprogrammer derrière. Ce que je fais désormais, c'est que je prends des notes pour reprendre facilement, après une réunion par exemple.

Que dirais-tu à des étudiant·e·s qui aimeraient faire ton métier ?

"Allez-y, foncez, c'est génial !" Je m'éclate vraiment chaque jour car je suis une vraie passionnée de tech. Je me dis que j'ai de la chance par rapport à d'autres ami·e·s !

Comme autre conseil, je dirais aussi qu'il ne faut pas avoir peur de pas tout comprendre tout de suite. La programmation ce n'est pas des maths. C'est de la création, qui peut s'appliquer dans plein de différents métiers : réseau, front-end, back-end.

Et surtout ne vous dévalorisez pas avant d'avoir vu ce que c'était que de coder. Malheureusement les métiers de programmation ont souvent une image pas très fun, alors que pour moi c'est tout le contraire. Dès que vous avez les clés pour pouvoir vous amuser, c'est un vrai plaisir !

Il faut aussi être prêt à se former tout le temps, en continu. Certains trouvent ça fatiguant, moi je trouve ça passionnant.

Qu'est-ce que tu aimes dans ton métier ?

Ce que j'adore, c'est le fait de travailler sur un projet qui reste sur le long terme : le voir grossir, après être partie de zéro. Maintenant, je connais mon produit dans les moindres détails : ses forces et ses faiblesses, et je sais quelle orientation technique lui donner sur du long terme.

J'apprécie aussi beaucoup la gestion d'équipe et le challenge technique que je vis avec eux. Notamment lorsque je revois le code, je me confronte à différentes manières de penser. J'apprends beaucoup des autres. J'essaye ainsi de faire progresser tout le monde, en m'incluant dedans d'ailleurs !

Qu'est-ce qui te plaît moins ?

Une startup qui démarre est sous la pression du marketing et du business. Pour que la boîte vive, c'est simple, il faut des clients ! Ainsi, il faut être parfaitement aligné·e avec le CEO, bien s'entendre avec lui, et surtout se faire confiance. Bien souvent, un rendez-vous business peut mettre une pression pour développer une feature adaptée au besoin du client très vite, et sur laquelle il y'a une vraie pression des résultats. Dans ces cas là, le CEO comme le CTO doit savoir faire des compromis. Mais ce besoin d'être hyper-réactif, d'aller très vite peut parfois être frustrant quand on est quelqu'un de soigné et rigoureux. Ce qui prime dans ces moments-là est la confiance qu'on a dans les directions prises.

Je crois que tu es aussi très impliquée dans la communauté Ladies of code : en quoi cela consiste-t-il ?

C'est assez simple ! Vous êtes une femme ou une personne qui s'identifie au sexe féminin ? Vous codez ? Alors vous pouvez rejoindre Ladies of Code. C'est une communauté où l'on peut échanger sur tous les sujets qui touchent aux femmes et à la tech. On y parle de sujets de tech pure, du fait d'être une femme dans l'informatique, il y'a des possibilités d'être coaché, notamment sur les questions de négociations de salaire. C'est une communauté très organique, qui vit un peu par elle-même grâce à nos bonnes idées. En ce moment, il y'a beaucoup de jeunes femmes en reconversion dans le groupe. J'aime beaucoup cette dynamique humaine derrière la tech !

Si tu es intéressé·e par le métier de CTO et de développeuse, n'hésite pas à visiter notre site et à poser toutes les questions que tu souhaites !


À propos d'Ada Tech School

Ada Tech School est une école d’informatique d’un nouveau genre. Elle s’appuie sur une pédagogie alternative, approchant le code comme une langue vivante, ainsi que sur un environnement féministe et bienveillant. Elle doit son nom à Ada Lovelace qui fut la première programmeuse de l’histoire.

L’école est située à Paris et accueille chaque promotion pour deux ans. Après neuf mois de formation les étudiants sont opérationnels et prêts à réaliser leur apprentissage - rémunéré - pendant douze mois dans une des entreprises partenaires de l’école comme Trainline, Deezer, Blablacar ou encore Botify. Aucun pré-requis technique n’est exigé pour candidater. Il suffit d’avoir plus de 18 ans. La sélection se fait en deux temps : formulaire de candidature puis entretien avec une réponse sous 2 semaines.

Claire Behaghel

Head of Growth @Ada Tech School

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