Cyberharcèlement : les solutions numériques pour s’en protéger

Tech juin 17, 2021

Tu as probablement déjà entendu parler de « cyberharcèlement ». Mais sais-tu vraiment ce dont il s’agit ?

Le cyberharcèlement est un délit puni par la loi dont chacun a déjà été victime ou témoin, parfois sans en être conscient·e. Ce fléau 2.0 fait rage depuis les débuts d’internet, mais l’avènement des réseaux sociaux en a considérablement augmenté la portée.

Ses conséquences sur les victimes peuvent être très lourdes, c’est pourquoi il est essentiel de bien l’identifier et de comprendre ses mécanismes pour mieux le combattre. Grâce au travail de sensibilisation et à l’engagement de développeur·ses, de plus en plus d’initiatives anti-harcèlement voient le jour.

Suis-nous pour un tour d’horizon du cyberharcèlement ! Tu trouveras plus bas dans l’article quelques astuces pour t’en prémunir au quotidien.

Le cyberharcèlement : fléau du 21ème siècle

Le cyberharcèlement, qu’est-ce que c’est ?

Cyberharcèlement, ce que dit la loi :

Le ministère de l’Éducation Nationale définit le cyberharcèlement comme étant un « acte agressif, intentionnel perpétré par un individu ou un groupe d’individus au moyen de formes de communication électroniques, de façon répétée à l’encontre d’une victime qui ne peut facilement se défendre seule ».

Autrement dit, tu es victime de cyberharcèlement lorsqu’une ou plusieurs personnes t’attaquent virtuellement dans le but de te nuire.

Le moyen d’action ? SMS, messageries instantanées, mails, chats, réseaux sociaux, jeux en ligne ou tout site internet sur lequel tu te trouves. L’auteur·e du cyberharcèlement peut également pirater tes comptes pour diffuser des données personnelles sensibles, comme des photos ou des vidéos. Il peut également s’agir d’une personne que tu connais et en qui tu avais confiance.

L’objectif ? Humilier, insulter, menacer, intimider, faire du chantage, propager des rumeurs ou des propos diffamatoires… encore et encore. La répétition de l’attaque est un moyen de resserrer l’étau autour de la victime, qui ne sait plus comment s’en sortir.

De plus, un élément partagé sur le web peut maintenant être vu et partagé par des centaines voire des milliers d’internautes en un rien de temps. Cet effet boule de neige incontrôlable finit par porter atteinte à la santé physique et morale de la victime.

Entre nos ordinateurs, nos tablettes et nos téléphones, nous vivons aujourd’hui dans un monde hyperconnecté. Le harcèlement « réel » peut être perpétué par le harcèlement « virtuel », et inversement. Il est donc particulièrement difficile de s’en défaire, car omniprésent. Il prend place à l’école, au travail, ou dans ton cercle social.

Pourtant, le cyberharcèlement est sévèrement puni par la loi. Il existe depuis 2014 un délit spécifique au harcèlement sur internet. L’article 222-3-2 du Code pénal prévoit des circonstances aggravantes lorsque les faits ont été commis sur le web.

La sanction ? Jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende. C’est du sérieux ! Malheureusement, cela ne suffit pas à décourager les cyberharceleur·se·s, qui sont de plus en plus nombreux·ses.

Le cyberharcèlement détruit des vies © Adobe Stock

Les conséquences néfastes du cyberharcèlement

Intrusif et anxiogène, le cyberharcèlement est une forme de harcèlement particulièrement vicieux. L’anonymat régnant en ligne favorise d’autant plus le sentiment d’impunité et l’absence d’empathie. Caché·e·s derrière un écran, les agresseur·ses se sentent tout·es-puissant·e·s. On parle “d’effet cockpit”.

La cyberviolence et le cyberharcèlement ont des conséquences graves sur le bien-être et la santé des victimes :

  • Difficultés de concentration au travail ou à l’école
  • Absentéisme de plus en plus fréquent
  • Troubles du sommeil et insomnies dues au stress ou aux attaques nocturnes
  • Isolement et repli sur soi pouvant conduire à une mort sociale (la victime refuse de sortir, d’aller à des événements…)
  • Chute libre de l’estime et de la confiance en soi après des humiliations répétées
  • Sentiment d’insécurité permanent à cause d’une exposition 24h/24 et 7j/7
  • Troubles alimentaires (anorexie, boulimie…) et automutilations (scarification…)
  • Troubles dépressifs pouvant aller jusqu’au suicide

L’impact dévastateur du cyberharcèlement peut donc, dans certains cas, prendre de graves proportions. Si chacun le vit différemment, une chose est sûre : personne ne le vit bien.

Récemment, l’affaire Mila défrayait la chronique. La lycéenne a été placée sous protection judiciaire après avoir été cyberharcelée pour des propos jugés islamophobes. Elle affirme aujourd'hui craindre pour sa vie.

Certaines victimes ont su se faire porte-parole du cyberharcèlement pour sensibiliser la population. C’est notamment le cas de Marion Seclin, comédienne et scénariste populaire sur le web.

En 2016, elle postait pour MadmoiZelle.com une vidéo YouTube dénonçant le harcèlement de rue. Résultat, une vague de cyberharcèlement colossale s’abat sur la jeune femme. Elle témoigne : « J’ai reçu à peu près 40 000 menaces de mort, de viol, appel au suicide ou à tuer toute ma famille et autres insultes ».

En prenant la parole publiquement, elle pointe non seulement le doigt sur les cordes sensibles du sexisme ordinaire, mais révèle aussi la violence du cybersexisme.

Championne de France de cyber-harcèlement | Marion Seclin | TEDxChampsElyseesWomen

Le cyberharcèlement, un phénomène de grande ampleur

Intrinsèquement lié au développement des NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication), le cyberharcèlement est un fléau 2.0. Il touche de plus en plus de personnes, en particulier les jeunes et les femmes, qui sont aussi les plus actif·ve·s sur les réseaux sociaux.

Quelques chiffres affolants sur le cyberharcèlement

Tu risques d’être surpris·e… ou pas :

  • Les plus exposé·e·s au risque de harcèlement sont les 12-14 ans (45%) et les filles (58%) (Net Ecoute, 2010)
  • Dans le monde, 246 millions d’enfants et d’adolescents sont touchés par le harcèlement à l’école (UNESCO, 2017)
  • Entre 2016 et 2017, le C3N a noté une augmentation de 30 % des cyberattaques visant des femmes
  • Plus de 40% des moins de 50 ans ont déjà subi des attaques répétées sur les plateformes sociales en ligne, dont 22 % des jeunes âgés de 18 à 24 ans (Statista, 2019)
  • Le cyberharcèlement touche environ 12,5 % des Français âgés de 6 à 18 ans, soit près d’un million d’élèves chaque année. 42 % ont déjà été harcelés moralement sur Instagram (Panda Security, 2019)
  • 17 % des 16-25 ans affirment avoir déjà été la cible de harcèlement sur les réseaux sociaux, majoritairement des filles (Diplomeo, 2021)
  • Durant le confinement lié au Covid-19, il y a eu 30 % de signalements supplémentaires pour des faits de cyberharcèlement, un chiffre qui ne cesse de croître encore aujourd’hui (association e-Enfance, 2020)
Dessin Région Une (par Y Lefrançois) - Le cyberharcèlement sur Snapchat

Le cybersexisme, en tête du cyberharcèlement

Si tout le monde est concerné, les femmes sont 79% à exprimer leur crainte d’être cyberharcelée, contre 66% des hommes. Une réaction compréhensible lorsque l’on découvre, sans grande surprise, qu’elles en sont les premières cibles. Selon l’ONU, 73% des femmes ont déjà été confrontées à des violences sur internet.

Depuis 2016, Microsoft mesure le niveau d’incivilité et de risques sur le web. D'après leur baromètre, les principaux sujets qui déclenchent du cyberharcèlement sont la politique, la religion, l'ethnicité, l'apparence physique et l'orientation sexuelle.

Tu l'as deviné, les cyberharceleurs s'attaquent aux différences. Ils incitent à la haine, sont racistes, homophobes, sexistes... Bref, rien de très glorieux.

Le harcèlement sexuel, notamment le sexting et le bodyshaming, figure en tête de liste du cyberharcèlement. Selon l’étude, 40% des sondé·e·s ont reçu des sollicitations sexuelles non désirées plus de trois fois dans l’année. D’après Statista, 63% des femmes françaises de 18-24 ans ont déjà reçu une photo d’organes sexuels (dick pics) contre leur gré en 2018.

L’étude américaine de la Cyber ​​Civil Rights Initiative (association américaine pour les victimes d’abus en ligne) révélait en 2017 que 15,8 % des femmes ont déclaré avoir été victime ou menacées de revenge porn, soit le double par rapport aux hommes.

Depuis 2018, la notion de raids numériques est venue compléter les articles du Code pénal dédiés au cyberharcèlement dans le cadre de la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. En effet, on a pu assister à la croissance du « harcèlement en meute », un déchaînement massif sur une cible choisie.

Menaces de mort et de viol sont proclamées dans tous les sens. C’est le quotidien de nombreuses femmes qui prennent la parole sur le web, comme les youtubeuses, militantes ou journalistes.

Selon un rapport du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, 41% des 15-19 ans affirment même qu’elles s’autocensurent en ligne par crainte d’être victimes de ce genre de comportement. Il est grand temps que la peur change de camp.

Championne de France de cyber-harcèlement | Marion Seclin | TEDxChampsElyseesWomen

Que faire en cas de cyberharcèlement ?

La clé première pour éviter le cyberharcèlement est l’éducation et la sensibilisation dès le plus jeune âge. La loi tente tant bien que mal d’encadrer le phénomène mais peine à véritablement l’endiguer ou punir les coupables. Se censurer et se priver de sa liberté d'expression n'est pas la solution.

Il est donc nécessaire de développer d’autres formes de prévention et de protection des victimes. En utilisant "l’arme de l’agresseur", la technologie, il est possible de se créer un bouclier numérique anti-harcèlement. Il ne sera certes pas infaillible, mais il t’aidera à arpenter la jungle numérique avec un peu plus de sérénité.

Chez Ada Tech School, l’une de nos missions est de faire du code un outil capable de changer le monde. Pour cela, on éveille les consciences face aux dangers de la Tech. Nos futur·e·s développeur·se·s mettent un point d’honneur à veiller à la cybersécurité des utilisateurs.

Si tu es victime ou témoin de cyberharcèlement, ne t’isole pas ! Tu n’es jamais seul·e·. Brise la spirale du silence en parlant à un proche. Tu peux également téléphoner à Net écoute en composant le 3810. La ligne est gratuite, anonyme et confidentielle. De nombreuses associations ont été créées pour t'écouter et t'accompagner dans ta procédure de plainte pour cyberharcèlement.
3018 numéro national contre les violences numériques - e-Enfance

Les outils numériques à ta disposition pour te protéger du cyberharcèlement

Alors concrètement, que faire ? Sommes-nous condamné·e·s à subir la cyberviolence de personnes mal intentionnées ? Bien sûr que non !

Il existe des outils et des astuces qui te permettent de te protéger du cyberharcèlement au quotidien. Nous t’en présentons quelques-unes ci-dessous.

Lutte contre le cyberharcèlement sur les réseaux sociaux

Voici quelques petites astuces très simples pour te protéger du cyberharcèlement sur les réseaux sociaux :

  • Tu peux régler les options de confidentialité en passant de « profil public » à « privé » sur tes réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Snapchat, TikTok Instagram…). Plus généralement, bloque les personnes indésirables et rends tes contenus invisibles aux inconnu·e·s si tu le souhaites.
  • Tu ne dois pas hésiter à signaler un harcèlement, si tu en es victime ou témoin, via les formulaires intégrés aux réseaux sociaux. Tu as également la possibilité d’alerter les autorités compétentes grâce au site gouvernemental Pharos.
  • L’appli Bodyguard, est une super appli française disponible sur Appstore et Playstore. Elle « vous protège en temps réel des contenus haineux, du cyberharcèlement et des discours de haine sur YouTube, Instagram, Twitter et Twitch ! ». Grâce à un algorithme, l’app filtre automatiquement les propos haineux de tes comptes, avant qu'ils ne t'atteignent.

Lutte contre le cyberharcèlement sur Google

Moteur de recherche le plus populaire, Google contient l’immense majorité des contenus de la toile. Tu peux agir contre le cyberharcèlement en ligne en suivant ces conseils :

  • En vertu du droit à l’oubli, tu peux faire une demande de déréférencement sur Google via un formulaire. Ainsi, les contenus qui te gênent peuvent être supprimés et impossibles à retrouver par tes cyberharceleur·se·s.
  • Via Google Alertes ou Talkwalker Alerts, tu peux te créer des alertes automatiques afin d’être notifié si ton nom est mentionné dans un contenu web !
  • Tu as des comptes et des mots de passe à ne plus savoir qu'en faire ? Sache qu'il est fortement déconseillé de n'en avoir qu'un pour toutes les plateformes. Si tu as peur de les oublier, tu peux créer des mots de passe complexes et utiliser un gestionnaire de mots de passe pour les stocker au même endroit, en toute sécurité. Le logiciel gratuit et libre de droit Keepass est même recommandé par le gouvernement.
  • Utiliser un VPN (réseau privé virtuel) permet de naviguer en toute sécurité sans divulguer ses données.  

D'autres outils numériques ingénieux pour lutter contre le cyberharcèlement

  • CyberHelp : L'application permet aux adolescents d’alerter immédiatement des adultes en cas de cyberharcèlement.
  • Troll Killer Box : Le plug-in permet aux jeunes de répondre aux attaques en ligne avec humour en reprenant les codes des réseaux sociaux (GIFs, photos et punchlines...).
  • Stop Bashing : L'app gratuite permet à l’enfant de photographier ou de faire une capture d’écran du message qui l’a choqué ou blessé et de l’envoyer aussitôt à un parent.
  • Rethink : L’algorithme de l'app reconnaît un message potentiellement blessant et envoie une alerte à l'usager en l'invitant à reconsidérer son message.

Les idées fusent dans le cerveau des développeur·se·s ! Seras-tu à l'initiative de la prochaine création Tech anti-harcèlement ?

Si tu souhaites te former aux bases de la programmation, télécharge notre kit débutant !

Source : stop-cybersexisme.com

À propos d'Ada Tech School

Ada Tech School est une école d’informatique d’un nouveau genre. Elle s’appuie sur une pédagogie alternative, approchant le code comme une langue vivante, ainsi que sur un environnement féministe et bienveillant. Elle doit son nom à Ada Lovelace qui fut la première programmeuse de l’histoire.

L’école est située à Paris et accueille chaque promotion pour deux ans. Après neuf mois de formation les étudiants sont opérationnels et prêts à réaliser leur apprentissage - rémunéré - pendant douze mois dans une des entreprises partenaires de l’école comme Trainline, Deezer, Blablacar ou encore Botify. Aucun pré-requis technique n’est exigé pour candidater. Il suffit d’avoir plus de 18 ans. La sélection se fait en deux temps : formulaire de candidature puis entretien avec une réponse sous 2 semaines.

Joana Durbaku

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