L'effet Matilda, origine et définition

Féminisme juil. 08, 2021

Saurais-tu citer le nom de cinq hommes scientifiques ? Facile, non ? Einstein, Newton, Pasteur, Tesla, Maxwell…

Et maintenant, cinq noms de femmes scientifiques ? Marie Curie, Marie Curie… et encore Marie Curie. Rares sont ceux et celles qui en sont capables. Mais nul besoin de culpabiliser, tu n’y es pour rien !

Cette méconnaissance des femmes de sciences est principalement liée à ce que l’on appelle aujourd’hui « l’effet Matilda ». Qu’est-ce que c’est ? L’effet Matilda part d’un constat : les femmes à l’origine de recherches et découvertes scientifiques majeures sont longtemps restées dans l’ombre, au profit des hommes. Supprimées de l’Histoire, oubliées, reniées ou dénigrées, ces femmes n’ont eu ni l’honneur de se voir décerner un prix, ni celui de figurer sur les manuels scolaires.

C’était sans compter sur les générations de féministes qui ont tout mis en œuvre pour leur rendre justice. En les mettant en lumière, encore et encore, nous contribuons à déconstruire les stéréotypes sexistes qui règnent dans les sciences. Ces grandes femmes scientifiques incarnent les rôles modèles dont les filles ont aujourd’hui besoin pour laisser éclore leurs ambitions.

Être une femme scientifique, ce n’est pas de la science-fiction, et on t’explique pourquoi !

De l'effet Matthieu à l'effet Matilda, une histoire de genre

Dans les années 1960, un certain Robert Merton, sociologue américain, développe une théorie appelée "effet Matthieu". Il émet ainsi l’idée selon laquelle la renommée autour d’une découverte se cristallise autour d’un personnage, au détriment de ses collaborateurs. Une gloire partagée de manière inéquitable, en somme.

Une vingtaine d’années plus tard, Margaret W. Rossiter, historienne des sciences, reprend cette thèse en y ajoutant une nouvelle dimension : lorsqu’il s’agit de femmes scientifiques, le phénomène est décuplé. Autrement dit, si le binôme masculin d’un homme scientifique pouvait être évincé, c’était presque systématiquement le cas d’un binôme féminin.

L’une des premières femmes à dénoncer l’invisibilisation des femmes dans les sciences était la militante féministe américaine Matilda Joslyn Gage.

« Bien que l'éducation scientifique ait été largement refusée aux femmes, certaines des inventions les plus importantes au monde leur sont dues » écrivait-elle en 1883

C’est en l’honneur de ses combats pour les droits des femmes que Margaret W. Rossiter baptise ainsi l’effet Matilda. L’historienne s’est alors attelée à retrouver ces femmes oubliées pour leur offrir la postérité qu’elles méritent.

Effet Matilda
#NoMoreMatildas - Rendre justice aux femmes scientifiques oubliées

Dans quels cas peut-on parler d'effet Matilda ?

On parle d’effet Matilda lorsque des hommes s'approprient le travail intellectuel effectué par des femmes pour s’en attribuer les mérites.

Réduites à des remerciements en bas de pages ou tout simplement supprimées du projet, nombreuses sont les femmes scientifiques à avoir été mises aux oubliettes. Leurs contributions sont minimisées, niées ou reniées.

Au-delà de l’omission par intérêt, on remarque également qu’en cas de découvertes simultanées ou communes, le nom retenu par la presse et le public était uniquement celui de l’homme. Comment expliquer cette injustice ?

Pendant longtemps, les femmes étaient exclues de la vie professionnelle, politique, publique ou encore scientifique. Considérées comme inférieures ou corollaires à l’homme, elles ne pouvaient guère être les auteures de prodigieuses découvertes. Une pensée découlant d'un sexisme tenace...

Effet Matilda
#NoMoreMatildas pour lutter contre l'exclusion des femmes scientifiques

Les prix Nobel reflètent les inégalités sexistes de l'effet Matilda

Les prix Nobel sont un reflet particulièrement éloquent de l’effet Matilda. Outre Marie Curie, quelle nobélisée pourrais-tu citer ? La physicienne fait office d’exception dans le paysage scientifique. C’est aussi la première femme à avoir obtenu un prix.

Depuis 1901, seules 58 femmes ont reçu le prix Nobel, pour 863 hommes récompensés. L’écart est… ahurissant. Si les femmes sont certes minoritaires dans la recherche scientifique, ce chiffre aurait pu être différent si l'on avait attribué tous les prix aux femmes méritantes.

Il n’y a donc officiellement que 4% des prix Nobel décernés à une femme. Et plus de la moitié de ces prix appartiennent aux catégories "littérature" et "paix", domaines perçus comme plus "féminins". Par ailleurs, en mathématiques, la médaille Fields a été reçue par une femme, Maryam Mirzakhani, pour la première fois en 2014.

Ces rituels sont devenus l’emblème des biais de genre et des inégalités régnants dans les sciences.

Ecartées des études, perçues comme de simples assistantes ou épouses, ou tout bonnement effacées des registres, ces femmes accèdent enfin aujourd’hui à la reconnaissance. Cette sous-représentation est tout simplement le reflet d’une société patriarcale qui n’a laissé que peu de place aux femmes.

Petite lueur d’espoir toutefois : en 2020, les biochimistes Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna formaient la première équipe 100 % féminine de l'histoire des prix Nobel !

Aujourd’hui, le site officiel du prix Nobel consacre même des articles focus sur les femmes scientifiques, comme celui sur la physicienne Rosalyn Yalow.

Effet Matilda et prix Nobel
Nombre de femmes ayant reçu le prix Nobel de 1901 à 2020 - Source : nobelprize.org

Les femmes victimes de l'effet Matilda sont des rôles modèles en puissance

Pourquoi est-ce important de rendre aux femmes ce qui leur revient ? Outre une question de justice évidente, c’est un véritable enjeu de société (1) qui se trame derrière ce phénomène !

En effet, l’invisibilisation des femmes dans les milieux scientifiques alimente des stéréotypes sexistes. Selon ces croyances, les individus de sexe féminin n’auraient pas les mêmes aptitudes intellectuelles que leurs confrères… Et tout particulièrement dans les domaines considérés comme « masculins », à savoir : la physique, la chimie, la médecine, les mathématiques, l’économie ou encore l’informatique.

Mettre les femmes en lumière permet de contre-carrer ces présupposés infondés et misogynes. C’est en révélant l’importance de leur rôle dans les sciences que nous pourrons raconter l’Histoire autrement !

Ainsi, les femmes d’aujourd’hui pourront s’identifier et savoir qu’être une femme scientifique est une réalité qui dépasse l’exception. L’absence de rôle modèles féminins possède un réel impact délétère sur les choix de carrière des jeunes filles.

Les rôles modèles dans la Tech, un webinar organisé par Ada Tech School

No more Matildas !

« Il était temps que l'on retrouve tant de figures perdues, non seulement parce que c'est une question de justice historique, mais aussi parce qu'elles peuvent être des modèles qui peuvent changer à jamais la perception que les filles ont de la science et de la façon dont elle peut être une option pour elles ».
Carmen Fenoll, présidente de l’Association des femmes chercheurs et technologues (AMIT) à BBC

La campagne #NoMoreMatildas lancée en janvier 2021 par l’AMIT a rapidement dépassé les frontières espagnoles pour remettre la question de l’effet Matilda au cœur du débat public.

Elle commence par une question simple et percutante : « Pourriez-vous imaginer ce qui se serait passé si Einstein était une femme ? Eh bien, nous ne saurions probablement pas qui est Einstein aujourd’hui ». Outch !

Si cette vérité fait mal à entendre, les choses sont bel et bien en train de changer. De plus en plus de femmes s’évertuent à fouiller les archives pour rendre hommage aux femmes oubliées, victimes de l’effet Matilda. Les invisibilisées sont progressivement réhabilitées. C'est d'ailleurs dans cette dynamique que nous avons réalisé une exposition, à télécharger ici, sur les femmes dans la tech qui réhabilitent ces femmes à l'origine de grandes découvertes dans l'informatique, malheureusement tombées dans l'oubli.

Dans la préface de l'ouvrage du collectif Georgette Sand, Ni vues, ni connues, Michelle Perrot, historienne spécialiste de l'histoire des femmes pointe du doigt une histoire « aveugle, qui ne connaît que les ''Grands Hommes'' ».

Et les ''Grandes Femmes'', alors ? Il en existe plus que tu ne l'imagines. Nous en avons donc fait une petite sélection pour toi !

Tu découvriras ci-dessous 4 femmes à l’origine de découvertes scientifiques majeures. Des femmes qui ont contribué à changer le cours de l’Histoire, mais que l’on a longtemps laissées dans l’ombre.

Effet Matilda
#NoMoreMatildas - Focus sur les femmes à l'origine de découvertes scientifiques 

Portraits de femmes scientifiques victimes de l’effet Matilda

  1. Katherine Johnson, Mary Jackson et Dorothy Vaughan à la NASA

    Commençons justement par les Les Figures de l'Ombre ! Sais-tu qui sont Katherine Johnson, Mary Jackson et Dorothy Vaughan ? Les travaux scientifiques de ces trois femmes afro-américaines ont joué un rôle central dans l’avancée des programmes aéronautiques et spatiaux de la NASA.

    Katherine Johnson a calculé les trajectoires du programme Mercury et de la mission Apollo 11 vers la Lune en 1969. Dorothy Vaughan a été responsable du département de calculs informatiques et Mary Jackson la première Afro-Américaine ingénieure en aéronautique.

    En tant que femmes noires, le destin extraordinaire de ces trois scientifiques avait de grandes chances de sombrer dans l’oubli. C’était sans compter sur l’écrivaine Margot Lee Shetterly, qui en fit un livre adapté au cinéma en 2016 !
Effet Matilda
Katherine Johnson, Mary Jackson et Dorothy Vaughan - Source

2. Ada Lovelace, créatrice de la première ligne de code

Autre milieu perçu comme fondamentalement masculin : l’informatique. S’il est facile de citer des noms tels qu’Elon Musk, Bill Gates ou Mark Zuckerberg, il y a fort à parier que peu de personnes puissent citer celui d’une informaticienne. Et pourtant, savais-tu que la première ligne de code a été écrite par une femme ?

Et plus précisément par une femme dénommée… Ada Lovelace ! Si elle est aujourd’hui devenue populaire, c’est notamment grâce à Suw Charman-Anderson, une pionnière des réseaux sociaux au Royaume-Uni nommée parmi les « 50 Britanniques les plus influents en matière de technologie » par le Daily Telegraph. En 2009, elle crée le Ada Lovelace Day pour rendre hommage à la mère du code.

Oui, c’est bien une femme qui en 1842 écrivait le premier algorithme. Pour en savoir plus, sur la place des femmes dans l'informatique, tu peux consulter cet article (3).  

Effet Matilda
Ada Lovelace, la femme à l'origine du code informatique - Source

3. Trotula de Salerne, mère de la gynécologie  

Passons maintenant à un sujet éminemment féminin, qui ne déroge pourtant pas à la règle… : la gynécologie. Trotula de Salerne était une femme médecin italienne, chirurgienne et enseignante à l’école de médecine de Salerne. Il s’agit du premier exemple de femme victime de l’effet Matilda répertorié par Margaret W. Rossiter.

Trotula de Salerne exerçait au Moyen-Âge, durant le XIème siècle. Elle est l’auteure d’un ouvrage de gynécologie de référence, Le Soin des maladies des femmes. Traduit dans plusieurs langues et de grande utilité, ce livre retranscrit ses découvertes scientifiques en ce qui concerne les maladies génitales, l’accouchement ou encore les menstruations. Pourtant, ses travaux furent longtemps attribués à des hommes médecins.

De son temps et plusieurs siècles plus tard, il paraissait saugrenu qu’une femme puisse jouir d’une fonction médicale prestigieuse et être l’auteure d’un tel ouvrage. Déni ou mépris, il n’en demeure pas moins que c’est bel et bien une femme qui a posé les jalons de la médecine des femmes.

Effet Matilda
Hommage à Trotula de Salerne, mère de la gynécologie - Source

4. Mileva Marić-Einstein et la théorie de la relativité générale  

Mileva n’est pas le deuxième prénom de notre cher Einstein, mais celui de sa femme, dont tu n’as probablement jamais entendu parler. Petite mise au point ! Il n’est pas rare que de grands scientifiques aient concilié recherche scientifique et vie de couple : Marie-Anne Pierrette Paulze et Antoine Lavoisier, Marie et Pierre Curie…

Mais la plupart du temps, les femmes scientifiques restent "la femme de", et ce sont elles qui bénéficieraient de l’aura de leur mari. Dans le cas du couple Einstein, des correspondances ont révélé l’importance du rôle de Mileva dans les recherches sur la théorie de la relativité générale attribuées à Albert. Comme en témoigne cette citation : « Comme je serai heureux et fier quand nous aurons tous les deux ensemble mené notre travail sur le mouvement relatif à une conclusion victorieuse ! », le scientifique assumait pleinement leur collaboration professionnelle.

Pourtant, toutes les publications se font au seul nom du physicien. Tandis qu’Albert Einstein reçoit des prix Nobel, Mileva Marić n’en reçoit que la bourse, afin de subvenir aux besoins de leurs enfants. Un triste destin

Effet Matilda
Mileva Marić-Einstein, victime de l'effet Matilda

Des victimes de l’effet Matilda, tu en trouveras malheureusement beaucoup. Citons encore Lise Meitner pour la fission nucléaire, Rosalind Franklin pour la découverte de l’ADN ou encore Marthe Gautier pour la découverte de la trisomie 21. N’hésite pas à explorer l’Histoire et à partager tes connaissances avec ceux et celles qui les ignorent !

De l'effet Matilda à l'effet Ada ?

Nous espérons que le récit de ces femmes t’a inspiré·e, et que tu souhaites, comme nous, lutter contre l’effet Matilda et les inégalités ! Si, en tant que femme, tu te sens prête à écouter ton cœur en suivant une voie qui ne t’était a priori pas dédiée, le pari est d’ores et déjà gagné.

Nous avons aujourd'hui l'opportunité d'inverser la tendance. Mets toutes les chances de ton côtés en rejoignant l’aventure Ada Tech School, une école d’informatique féministe qui forme les codeur·ses de demain. Convaincue que le code n’est pas une affaire d’hommes, l’école met tout en œuvre pour faire évoluer les mentalités – et les statistiques – en promouvant les métiers de la Tech auprès des femmes (2).

Contre l’effet Matilda, place à l’effet Ada !


À propos d'Ada Tech School

Ada Tech School est une école d’informatique inclusive, qui forme au métier de développeur·se en 21 mois. Elle a 3 campus : Paris, Lyon et Nantes. Au sein de l'école, les apprenant·e·s apprennent en faisant grâce à une pédagogie alternative inspirée de Montessori, approchant le code comme une langue vivante et favorisant la collaboration et l’entraide grâce à des projets collectifs. L’école doit son nom à Ada Lovelace, qui fut la première programmeuse de l’histoire.

Après neuf mois de formation, les étudiant·e·s sont opérationnel·le·s et prêt·e·s à réaliser leur apprentissage - rémunéré - pendant douze mois dans une des entreprises partenaires de l’école (Trainline, Deezer, Blablacar, JellySmack, Back Market, ...).

Aucun pré-requis technique n’est exigé pour candidater. Il suffit d’avoir plus de 18 ans. La sélection se fait en deux temps : formulaire de candidature puis entretien avec une réponse sous 2 semaines. Pour plus d’informations sur la formation, télécharge notre brochure de présentation.

Les références liées :

(1)https://blog.adatechschool.fr/comment-rendre-linformatique-aux-femmes-selon-isabelle-collet/

(2)https://blog.adatechschool.fr/portrait-dune-femme-developpeuse-et-multi-casquette/

(3)https://blog.adatechschool.fr/qui-sont-les-femmes-qui-ont-cree-linformatique/

Joana D.

Chargée de contenus

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